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Organisation et ressources humaines




Anciens salariés devenus patrons ou entrepreneurs nés, certains semblent destinés à diriger. Mais de quoi est donc faite cette fibre entrepreneuriale ?


Créateurs et repreneurs, l’école du risque
À rebours de la morosité de la crise, des entrepreneurs de tous horizons continuent de se mobiliser, comme inspirés par les énergies productives qui gravitent autour d'eux. Ils créent ou reprennent des entreprises, ajoutant ainsi leur pierre à un édifice économique, pourtant aujourd’hui fragilisé. Leurs projets sont très différents, mais leur motivation semble avoir la même origine. Voici donc quelques portraits de ces individus qui ont fait le choix de la prise de risque, le plus souvent au détriment de situations… terriblement plus confortables.
 
Créer sa boîte, une quête de sens

« J’ai créé Caminea pour deux raisons : […] pour construire ma propre entreprise dans laquelle je mets en œuvre mes idées [...] et parce que je suis portée par l’envie de partager, de transmettre mon expérience, mes connaissances », résume Marina Barreau. Pour cette ancienne directrice marketing du groupe Pages Jaunes et ex-directrice générale de Mappy, créer son propre cabinet de management était plus qu’un pari économique. C’est aussi un projet humain dont l’objet est de permettre aux professionnels, clients et collaborateurs, de travailler différemment. « J’accompagne des dirigeants déjà performants dans leur domaine pour accélérer la croissance de leur entreprise tout en leur permettant de se développer et d’exprimer leur talent », explique-t-elle en effet. La création d’entreprises relève ainsi souvent de la véritable quête de sens. Tout particulièrement à une époque où la stabilité de l’emploi n’a rien d’une certitude, créer son propre business s’apparente fréquemment à une ambition de faire évoluer son quotidien.
 
L’exemple de Mureko est à cet égard évocateur. Active dans le secteur – peu réputé pour sa fibre écologique – de la construction, Mureko propose de réaliser des bâtiments à l’aide de murs en bois massif. L’entreprise se veut être « une nouvelle façon de fonctionner » selon les mots de son fondateur Jean-Michel Lepineau. Cet entrepreneur, qui a auparavant créé le groupe de construction et de promotion immobilière nantais Réalités, souhaitait incarner une interface de « coordination » pour permettre enfin aux acteurs de la filière bois de peser dans le secteur du bâtiment. Le pari semble réussi puisqu’en seulement 3 ans d’existence, Mureko réalise déjà des immeubles de plusieurs étages en utilisant un matériau parfaitement fonctionnel et écologique et pourtant pendant longtemps abandonné au profit du béton.
 
Derrière la création d’entreprises se trouvent des hommes et des femmes motivés par l’envie de faire différemment. L’entrepreneuriat porte ainsi en lui une forme de diversité qui en fait l’une des véritables sources de renouveau de la sphère économique. C’est donc sans surprises que Jérôme Hoarau, consultant spécialisé des questions d’ordre comportemental, cite « la vision », « l’audace », et « l’optimisme » comme les trois qualités principales de l’entrepreneur qui réussit. Des qualités que l’on retrouve d’ailleurs beaucoup chez les repreneurs d’entreprises également.
 
Reprendre une entreprise pour cultiver la valeur-utilité

À l’incertitude de la création, certains préfèrent en effet l’exigence de la reprise sans pour autant manquer de poursuivre un but entrepreneurial bien précis. Ce fut par exemple le cas d’Aymeric Poujol, qui en 2006 reprit le cabinet de conseil en droit fiscal EIF. « Mon associée et moi-même avions pensé à la création d’entreprises au moment de reprendre EIF », raconte-t-il, « mais nous avons jugé plus intéressant de développer une structure déjà solide […] pour en faire quelque chose d’encore meilleur ». Et c’est ainsi qu’Aymeric Poujol s’est retrouvé à la tête de l’entreprise dans laquelle il avait débuté quelques années auparavant, à la sortie de l’université. En quelques années en effet, Aymeric Poujol était parvenu à se forger une solide vision stratégique du marché. Celle-ci préfigurait alors le développement que connaîtrait de la petite boîte de conseil dès 2006, qui trouve aujourd’hui une oreille attentive auprès des mastodontes du CAC: « le cabinet offrait un catalogue d’optimisations reposant sur des niches fiscales assez anciennes, explique-t-il. Nous anticipions une évolution importante de la législation et potentiellement la remise en question d’une partie significative de notre activité. Nos analyses se sont révélées justes. » Justes, à tel point qu’Aymeric Poujol entend bien, désormais, user de sa clairvoyance pour  dépoussiérer d’autres territoires jusqu’ici confisqués par les mammouths du secteur du conseil : « nous nous sommes lancés sur des prestations s’adressant aux entreprises technologiques. Nous avons créé une nouvelle structure, EIF Innovation, dont l’objet est de conseiller les entreprises innovantes qui prétendent au crédit d'impôt recherche, alors même que Bercy augmente fortement les contrôles fiscaux sur ce dispositif. »

« Il y avait clairement un temps pour la reprise et un autre pour la création, et je me réjouis d’avoir eu l’occasion de toucher à tout », affirme encore Aymeric Poujol : les repreneurs n’ont ainsi rien à envier aux créateurs purs. Bien souvent, les casquettes se confondent, même. Et comment mieux l’illustrer qu’avec le cas Bagster ? En 1984, Jacques Nicolas reprend la marque Bagster et fonde, à partir de celle-ci, une entreprise éponyme. Par la suite, Bagster est rachetée par le groupe Holding Trophy, qui la déclare au bout de quelques années en cessation de paiement en dépit de son statut de leader sur le marché de l’équipement du motard. Alarmé par une délégation d’employés, l’ancien patron Jacques Nicolas accepte en 2012 de reprendre lui-même l’entreprise le temps de la remettre sur les rails. « Je m’étais engagé à […] apporter mon concours, si une offre industrielle, et non pas financière était retenue par le tribunal de commerce ». Grâce à la transition opérée par son créateur, Bagster fut finalement rachetée par Shark et le savoir-faire des employés a pu être préservé.

Qu’ils soient créateurs ou repreneurs, les entrepreneurs se distinguent ainsi par la confiance qu’ils placent en leur projet. C’est de cette confiance que provient leur capacité d’initiative. Elle est d’ailleurs bien loin de couler de source. Car seules les personnalités faisant preuve d’une véritable tolérance à la prise de risque peuvent espérer se sentir durablement à l’aise dans l’habit du patron plutôt que dans celui du salarié !