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Ethique et responsabilité




L'économiste et historien Nicolas Baverez lance un nouvel appel à l'état et aux citoyens français, dans son dernier ouvrage « Réveillez-vous ! ». Un titre évocateur qui en dit long sur le constat dressé par l'auteur : la France est sur la voie du déclin, mais continue de fuir ses problèmes en adoptant des réformes inefficaces et contreproductives.


L'appel de Nicolas Baverez
Une France bercée par ses illusions?

Après avoir lancé un premier avertissement avec « La France qui tombe », une analyse du déclin français, paru il y a dix ans, Nicolas Baverez lance un nouvel appel avec son livre « Réveillez-vous ! ». Son constat est glaçant, et l’auteur affirme qu'une débâcle économique sera inévitable si François Hollande ne réagit pas rapidement et avec le courage nécessaire pour faire face aux vrais problèmes. Selon Nicolas Baverez, les chefs d'état français ont pour coutume de dénier la réalité, quand cette dernière est extrêmement grave. L’auteur illustre ce déni en comparant la situation actuelle, à celle des années 30 où la France refusait de croire à sa fragilité, et poursuivait son modèle de développement à crédit, dans l'illusion de pouvoir s'en sortir. Une illusion qui a conduit la France au régime de Vichy, et au creusement de la dette souveraine. Conséquences aujourd'hui, le pays accuse une dette publique pharaonique et son déficit commercial continue de battre des records. Le gouvernement se décharge quant à lui, de toute responsabilité en tenant la crise pour responsable de tous les maux de la démocratie française. Mais selon Nicolas Baverez, la crise n’est qu’un facteur aggravant, et la situation actuelle n’est que la conséquence des choix politiques antérieurs. Pourtant, s’il n’est pas difficile de voir l’évidence de ces mauvais choix, le gouvernement persiste dans ses illusions, comme dans les années 30. Il affirme, par exemple, pouvoir atteindre son objectif de réduire le déficit de la France, à 3 % du PIB d'ici 2013. Une utopie selon Nicolas Baverez, car pour y parvenir, il faudrait que le gouvernement français ait le courage de faire évoluer la structure même de l'économie.

Des solutions inefficaces

Nicolas Baverez ne cache pas son agacement face à une gouvernance étatique inactive, et reproche au gouvernement de prendre des mesures inefficaces, voire contreproductives. À l’exemple de la réforme fiscale engagée par François Hollande, qui reflète la volonté de l’état à redresser ses comptes, uniquement par la voie fiscale, Nicolas Baverez déplore des taux d’imposition beaucoup trop élevés, pour ne pas dire injustifiés. Car si l’objectif est de rétablir l’équilibre des comptes publics, il faudrait d’abord se soucier de relancer la croissance, selon l’auteur. En aidant les entreprises à être plus productives, et non pas en les privant de leur capacité d’investissement et d’épargne par une hausse d’impôt. Il en va de même pour les ménages souffrant déjà de la crise, qui devront désormais se priver davantage par la faute de l’état lui-même, qui n’a pas su réagir correctement dans les années 30, et aujourd’hui encore, face à la crise. Cette politique de redressement des comptes par la fiscalité ne peut conduire qu’à une seule issue selon Nicolas Baverez : une débâcle économique et sociale. Le déni de la réalité, ajoutée à des dispositifs perçus comme privatifs, participe à la montée du populisme, au déchainement des passions collectives contre l'état, à la stigmatisation des immigrés et à la haine des riches. Ainsi, en choisissant d'augmenter les taxes et impôts de toute part, l'état ne risque pas seulement la faillite, mais aussi de voir apparaitre des conflits sociaux de grande envergure. D'où l'importance selon Nicolas Baverez, de réagir très vite.

Pour une politique du changement

Pour Nicolas Baverez, la France sera contrainte, tôt ou tard, de changer sa politique de développement. Son appel a donc pour objectif d’inciter les citoyens et politiques à se réveiller avant que ce changement soit imposé à la nation, par le FMI et les partenaires européens. En effet, la France, en tant que membre de l'Union européenne, devra assumer ses responsabilités de gré, ou de force, et si elle n'a pas le courage de prendre les mesures qui s'imposent, elle sera mise sous tutelle, comme la Grèce. Un volontarisme politique serait donc bienvenu avant que la commission européenne n’en arrive à de telles extrémités, car cela entrainerait davantage de tensions sociales, avec un sentiment populaire de dépossession et de trahison de l’état. Ainsi, pour éviter que la situation ne s’aggrave, il est impératif que l’état décide de changer radicalement sa politique. Selon, Nicolas Baverez, la France ne dispose pas de plus de cinq ans pour inverser la tendance, avant d’être dans le collimateur des instances internationales. Le changement doit donc se faire immédiatement, et radicalement, car plus le changement tardera, et plus brutale sera la chute. Nicolas Baverez affirme qu’il s’agit maintenant de minimiser les dégâts en engageant une politique de changement volontaire, basée sur quatre pactes : citoyen, social, productif, et européen.

Un quadruple pacte pour un redressement pérenne

Nicolas Baverez propose dans son ouvrage, des pistes à suivre sur le plan politique, pour envisager un développement pérenne, sans un contrôle forcé de l'Union et des instances de contrôle internationales. Selon lui, la structure même de l'économie doit être révisée, car ce sont les modèles économiques, sociaux, citoyens et les modèles de production qui ont causé les maux sociétaux d'aujourd'hui. C'est donc sur ces aspects que le gouvernement français devrait travailler en profondeur. Un travail qui nécessitera la conclusion de pactes pour garantir un engagement volontaire et fiable dans le temps. Concrètement, Nicolas Baverez propose dans un premier temps de favoriser la profitabilité des entreprises, car le bon fonctionnement de l'appareil productif français dépend en grande partie des marges que les entreprises peuvent dégager. D'autre part, au niveau social, il s'agit de protéger les travailleurs, en leur garantissant des emplois stables, par l'intermédiaire d’un nouveau type de contrat de travail. Un type de contrat qui soit aussi flexible que sécuritaire. Un pacte citoyen permettrait quant à lui de stopper la course à l’endettement qui s’est intégrée dans la mentalité collective, mais qui pèse sur la dette publique. Enfin, un pacte européen doit être mis en place, et ce, dans l'objectif de montrer à l'Union européenne que la France a la volonté réelle de changer.

Cité dans cet article : lecture nicolas baverez reveillez-vous