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« Le succès fut toujours un enfant de l’audace », écrivit le poète Prosper Crébillon dans l’une de ses pièces, il y a près de 3 siècles. Une affirmation à qui les entrepreneurs donnent corps aujourd’hui encore.


(Credit : freedigitalphotos.net)
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L’audace, moteur de l’innovation

L’audace et la propension à oser sont décrites par nombre de créateurs d’entreprises comme l’un de leurs savoir-être clé, le socle des qualités qui leur sont chères, si ce n’est vitales : la capacité d’agir en dépit de la peur du risque, mais aussi d’innover, et d’anticiper. Stéphane Distinguin, le fondateur et CEO de faberNovel, un cabinet de conseil en innovation, affirme ainsi : « l’audace, c’est d’avoir le goût et le sens du mouvement ». Il précise : « il faut voir le monde qui vient, avoir envie de l’accompagner, parfois aussi de le devancer un petit peu ».  

Paola Fabiani, fondatrice de Wisecom, confirme le lien entre audace et innovation. « La première qualité [d’un entrepreneur], c’est de savoir oser, de ne pas rester dans les schémas établis ou dans le modèle existant », affirme-t-elle. Une philosophie qui lui a permis de développer ce qu’elle nomme des « centres d’appels nouvelle génération » : Wisecom propose en effet une offre jusque-là inédite, qui associe centre d’appel et conseil stratégique. Le tout dans un contexte où l’innovation managériale a toute sa place : responsabilisation et autonomisation sont les maître-mots d’une entreprise qui affiche une culture peu habituelle dans son secteur. Mais l’audace a été payante : la performance est au rendez-vous.

L’audace, un état d’esprit

Cependant audace et innovation ne sont pour autant pas équivalents. D’ailleurs Eric Carreel, le co-fondateur (entre autres) de Withings, société spécialisée dans les objets connectés, et qui s’est faite connaître notamment par sa balance intelligente, avoue : « beaucoup me demandent ce qu’est innover. Prenez l’exemple de la balance connectée. Des tas de personnes avaient l’idée avant moi. Mais, avec Cédric Hutchings, nous sommes tout simplement ceux qui ont osé se lancer dans l’aventure ». Finalement, comme l’explique Jacques-Antoine Granjon, le PDG et fondateur de Vente-Privée.com, et désormais archétype de l’entrepreneur audacieux à la française : « oser, c’est un état d’esprit, ça nécessite du courage ».

Le courage, Jean-Michel Germa, le fondateur de la Compagnie du Vent, a dû aussi en  faire preuve. Et d’audace aussi pour lancer sa société à la fin des années 1980. A une époque où les préoccupations écologiques étaient encore balbutiantes, l’énergie éolienne suscitait bien plus de scepticisme que d’enthousiasme. Mais ce climat de défiance ne l’empêche pas de mener à bien son projet : lancer la première éolienne et le premier parc éolien de France. Un premier pari réussi, qui a préfiguré de nombreux succès, et surtout la reconnaissance, 20 ans plus tard, de l’importance – et de la rentabilité - des énergies renouvelables dans notre société. Jean-Michel Germa qualifie bien cette audace des débuts : « lorsque j’ai démarré mon entreprise, j’étais inspiré, j’avais l’appétit de développer quelque chose de nouveau, et j’avais le sentiment de n’avoir pas grand-chose à perdre ». Autant de dispositions d’esprit, sous-tendues par un enthousiasme et des convictions inébranlables, que l’on retrouve chez beaucoup d’entrepreneurs.

Corentin Denoeud par exemple, le co-fondateur et dirigeant de Wijet, société de taxi-jet fondée en 2009, est aujourd’hui à la tête d’une société qui affiche 50% de croissance par an (5 millions d’euros de chiffre d’affaire en 2013). Wijet vient même de signer un partenariat avec Air France pour le transport des clients VIP. Et pourtant, Corentin Denoeud raconte que lorsqu’en 2008 il cherchait à lever des fonds, il entendait toujours la même réponse : « vous ne connaissez rien à l’aviation, on est en pleine crise, c’est une folie de lancer une compagnie de jets privés maintenant ». Une folie peut-être, qu’une bonne dose d’audace et de conviction auront transformée en entreprise au succès indéniable.       

La question de l’échec

Pour autant, être audacieux ne protège pas de l’échec. Mais comme l’affirme Anne-Laure Constanza, à la tête d’Envie de Fraises, une marque de vêtements pour femmes enceintes : « n’ayez pas peur de l’échec et soyez audacieux. Il faut tirer les leçons de ses premiers échecs ». Une position partagée par beaucoup, qui regrettent que la France n’ait pas la même « culture de l’échec » que les Etats-Unis par exemple, qui valorisent l’expérience – même ratée-  au lieu de dénigrer l’échec. L’audace est d’ailleurs encore une fois précieuse : elle permet de dépasser cette peur d’échouer. C’est ce qu’explique Jean-Michel Germa quand il raconte, à propos du lancement de la Compagnie du Vent : « un seul risque m’importait alors : celui de me tromper, mais l’enthousiasme me protégeait contre la peur d’avoir tort ».

Ces parcours d’entrepreneurs en témoignent : l’audace ne mène pas forcément au succès… mais les réussites entrepreneuriales reposent toujours sur une part d’audace !