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La médiatisation de quelques affaires récentes attire l’attention sur le coût des risques psychosociaux. L’entreprise ne peut se battre contre ses salariés : les textes et la jurisprudence y veillent désormais.


Risques psychosociaux : ne baissons pas la garde !
Le salarié victime

Dans une économie de plus en plus compétitive, le salarié est la victime finale des exigences de résultats. France Telecom est un cas d’école. Privatisé, l’opérateur doit mener une stratégie offensive de résultats pour rassurer les marchés et ses actionnaires. Réorganisations, pressions, harcèlement aboutissent à une retentissante vague de suicides. Par-delà cet exemple, les troubles psychosociaux explosent en France depuis plusieurs années. Dès 1990, l’Institut de Veille Sanitaire avait alerté les pouvoirs publics sur l’évolution et les dangers du mal-être des salariés. Selon les derniers chiffres du ministère du Travail : 30% des personnes se déclarent en souffrance dans leur emploi.

Le suicide est la forme la plus visible de ce mal-être, mais celui-ci est beaucoup plus varié et entraine des coûts pour l’entreprise et l’économie. L’absentéisme avec son cortège d’arrêt de travail pour maladie ou accidents pèse sur les budgets de la protection sociale. Les organismes de sécurité sociale estiment le coût à 50 milliards d’euros. Mais cet absentéisme n’est pas le seul danger. Le « présentéisme » plus pernicieux est également dangereux pour les entreprises. Le salarié présent, mais démotivé se contente de faire acte de présence, connecté à longueur de journée à Facebook, ou planté devant la machine à café. L’entreprise ne peut mobiliser des salariés dépourvus de tout sentiment d’appartenance et ne se reconnaissant plus dans ses valeurs.

Des textes dissuasifs

Dans leur seul intérêt, les entreprises ne peuvent rester insensibles dans la gestion des risques psychosociaux. La compétitivité exige des salariés motivés dans leur travail et fiers de leurs employeurs. La recherche de valeurs qui est la marque de notre époque concerne l’entreprise elle-même d’abord en interne, avant toute excursion externe dans le mécénat social, ou responsabilité sociale. Enfin, en termes d’image, l’exposition de la souffrance des personnels est dévastatrice. Le cas de France Telecom ou celui de Renault a conduit ses entreprises à revoir leur fonctionnement et leur méthode de management.

Le risque juridique est particulièrement dissuasif. La Cour de cassation a reconnu que le suicide d’un salarié de Renault était un accident du travail. Et la jurisprudence considère que la prévention des troubles psychosociaux est une obligation de résultat. Les tribunaux rappellent que le Code du travail prévoit que l’employeur a l’obligation d’assurer la protection et la sécurité des employés. Cette protection concerne la santé physique et mentale. Strictement appliqué par les tribunaux, contrôlé sévèrement par l’inspection du travail, ce texte contraint les entreprises à la vigilance. C’est d’ailleurs une obligation légale, depuis 2009, pour les entreprises de plus de 1000 salariés que de mettre en place une gestion des troubles psychosociaux. Le fléau des troubles psychosociaux est finalement pris en compte légalement et juridiquement. Mais les entreprises elles-mêmes, à la recherche d’image, savent que leur premier atout c’est leur personnel.