m-tribune
Un site dédié au management et à la performance de l'organisation

En France, les élites gouvernent longtemps. Très longtemps. Que ce soit en politique, où dans le monde de l’entreprise, les personnalités qui occupent un poste à responsabilités vont, sauf accident, jusqu’au terme de leur carrière. Trop rares sont les dirigeants qui préparent leur départ et organisent la transition, la passation de pouvoir. Comment les élites françaises envisagent-elles de se renouveler ?


Le renouvellement des élites en France a-t-il commencé ?
Les Grandes écoles
 
Gravir les divers échelons d’une hiérarchie tout en fournissant la preuve de ses compétences est le meilleur moyen d’accéder à un poste à responsabilité que l’on convoite. La démarche est longue et pas toujours évidente. Reste alors la voie dite royale, celle des grandes écoles d’où l’on sort bardé de diplômes. En France, les filières d'élite se nomment ENA, Mines, Polytechnique ou HEC. Des écoles qui propulsent souvent leurs élèves méritants au sommet des organigrammes des grandes entreprises françaises. Pour n’en citer que quelques-uns, Louis Gallois aujourd’hui PDG d’EADS, après un passage à la tête de la SNCF et d’Airbus a fait ses classes à HEC et à l’ENA. Yves-Thibault de Silguy, à la tête du groupe Vinci depuis 2006, est lui aussi passé par l’ENA. Gérard Mestrallet, PDG du groupe industriel GDF SUEZ est un ancien élève de l’école Polytechnique et de l’ENA. La liste est longue, et si certains hommes politiques ont caressé un jour l’idée de remettre en cause la filière des grandes écoles, ce projet audacieux a vite été enterré par ceux-là même qui en étaient issus.
 
Quelques successeurs de talent
 
Certains de nos grands groupes hexagonaux sont des entreprises familiales, parfois dirigées par des entrepreneurs dans l'âme, de père en fils. Pour les successeurs, d'ailleurs, la tâche est parfois ingrate, compte tenu des attentes qui pèsent sur leurs épaules. Mais parmi ces successeurs légitimes, certains se distinguent de par un héritage qui va bien au-delà de leur statut: ils ont parfois hérité d'une vision stratégique du métier pour en avoir été imprégnés dès leur plus tendre enfance. C'est par exemple le cas d'Arnaud Mulliez, diplômé d'HEC, qui succéda à son père, Gérard, à la tête du groupe Auchan où il perpétue désormais les valeurs responsables de son père; aussi bien sur le plan social qu'environnemental. François-Henri Pinault, également diplômé d'HEC, a rejoint l'entreprise familial en 1987 au poste de vendeur, avant de gravir tous les échelons pour être finalement propulsé à la tête du groupe PPR en 2003.
 
Les hommes d’expérience
 
C’est aussi en France que l’on trouve à la tête de grandes entreprises un bon nombre de patrons autodidactes. Quelques noms : Gérard Mulliez propriétaire du groupe Auchan et deuxième plus grande fortune professionnelle de France; Xavier Niel, vice-président d'Iliad, maison mère du fournisseur d'accès internet Free, et désormais copropriétaire du quotidien Le Monde avec Pierre Bergé, titulaire, lui, de son seul baccalauréat. Chacun d’eux doit son ascension à une volonté farouche de réussir, ou sa nomination à son savoir-faire, son expérience sur le terrain, et surtout à ses résultats.
 
Se « faire soi-même » n’est cependant pas toujours évident dans un milieu managérial où les places sont chères. Il n’est pas si loin, le temps ou l’hebdomadaire Le Point racontait que Henri Lachmann, patron de Schneider, avait proposé Jean-Pascal Tricoire, 43 ans, pour lui succéder à la tête de la multinationale. Il avait du faire face au fort scepticisme de son entourage vis-à-vis de ce modeste « diplômé de l'Ecole supérieure d'électronique de l'Ouest ». Henri Lachmann ne faisait pourtant que le "récompenser" de ses bons résultats obtenus en tant que numéro 2 de l’entreprise, après 20 ans passés dans le groupe.
 
 
Esprit curieux
 
Le site Internet "Chef d’entreprise.com " résume ainsi ces parcours atypiques et riches : « à défaut de lauriers et de diplômes, les dirigeants autodidactes ne peuvent compter que sur leurs qualités personnelles. » Dans ce même article qui nous narre quelques itinéraires entrepreneuriaux atypiques, la journaliste Sylvie Laidet note : « une école permet de se forger une culture en finance, marketing, vente, droit... Dont manquent la plupart de ces dirigeants sans diplôme. Des lacunes qu'ils compensent par un esprit curieux et une incroyable capacité à apprendre sur le terrain. »
 
Et la liste des grands patrons qui ont réussi en suivant des chemins de traverse est bien fournie, à l'étranger. De Amancio Ortega, patron de Zara, qui a quitté l'école à 14 ans et qui est aujourd'hui un des hommes les plus riches d'Espagne, pays où est basée son entreprise textile, à Richard Branson, président charismatique de la compagnie britannique Virgin, en passant par Steve Jobs, créateur visionnaire d'Apple, qui démarra ses activités dans son garage avec deux amis... Tous démontrent qu'un esprit hors-normes et curieux peut mener à l'édification d'empires industriels qui changent le monde. Dans le cas de Steve Jobs, on peut aussi remarquer que s'il a décidé de passer la main en raison de problèmes de santé, sa succession était prévue depuis quelques années avec le choix d'un homme, Tim Cook, qui va désormais assurer la transition et perpétuer l'esprit créatif et décalé du géant informatique.
 
Le renouvellement des élites a-t-il déjà commencé ? S'il est délicat d'y apporter aujourd'hui une réponse bien tranchée, on peut toujours rappeler que la meilleure école de management reste la vie.