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Organisation et ressources humaines




Le mouvement coopératif s’impose de plus en plus comme une alternative crédible à l’entreprise capitaliste classique. Le modèle de gouvernance est loin d’être réservé au domaine agricole, historiquement associé aux coopératives. D’autres secteurs ont largement plébiscité cette gouvernance à l’instar du secteur de l’optique. Des leaders tels qu’Optic 2000 et Atol portent une vision commune du métier d’opticien. Et le succès est au rendez-vous !


Optique, le système coopératif à l’honneur
Le système coopératif, atout face à la crise

Les coopératives reposent sur un système représentatif où  « les associés prennent les décisions, élisent leurs dirigeants de manière démocratique en assemblée générale », rappelle Alexandra Bouthelier, déléguée générale de la Fédération des enseignes du commerce associée (FCA). « De cette façon, aucune décision n'est imposée. Les coopérateurs prennent le temps de comprendre pourquoi telle stratégie est nécessaire et pourront ainsi l'appliquer intelligemment » ajoute cette dernière. Une stratégie long-termiste qui permet à ces entreprises d’afficher une forte résilience, notamment dans des périodes de tumultes.

C’est notamment le cas dans le secteur de l’optique, qui est en pleine mutation depuis quelques années. Force est de constater que les leaders du marché se portent plutôt bien. Le groupe GADOL- Optic 2000 qui regroupe les enseignes Lissac, Optic 2000 et Audio 2000, a vu son chiffre d’affaires progresser d’années en années. De quoi ravir la place de premier réseau d’opticiens de France. De son côté, ATOL jouit d’une croissance ininterrompue depuis quinze ans. Et c’est bien son organisation en coopérative qui lui a permis d’aborder un nouveau tournant au début des années 2000. « Notre fonctionnement coopératif, et la motivation de tous les associés, nous ont permis de faire le pari de la relocalisation » expliquait à l’époque Philippe Peyrard, l’ancien directeur général délégué d’Atol. Près de dix ans après, un article intitulé « ATOL, l’opticien qui a vu juste sur sa relocalisation », publié par L’Opinion atteste de la success story .

Alors pionnières, les entreprises de l’optique ?  « Dans un univers économique instable et déboussolé, le modèle coopératif est, en réalité, très en avance sur son temps », explique Yves Guénin, secrétaire général du groupe Optic 2000 et fervent défenseur du modèle coopératif.  Car si le modèle coopératif permet de mieux absorber les aléas économiques, il résiste également à la crise de sens qui touche les entreprises capitalistes. Comment ? Grâce aux valeurs que portent les coopératives. Ces dernières sont attachées à la force du collectif et mettent en avant l’entraide et la solidarité.

Des entreprises de sens

 « Les opticiens Optic 2000 ne sont pas de simples vendeurs de lunettes. Ce sont des professionnels diplômés parfaitement conscients de leur rôle déterminant dans le bon fonctionnement du système français de santé », explique Yves Guénin pour lequel l’opticien n’est pas un simple commerçant. Tel était l’objectif lors de la création du « Groupement d’achat des opticiens lunetiers » (GADOL), créé par quatre opticiens et devenu le groupe Optic 2000. Force est de constater que le groupe reste aujourd’hui fidèle à ses origines et lutte notamment contre la marchandisation de la santé. Optic2000 a notamment initié aux côtés d’autres acteurs de la filière, la rédaction d’un Livre Blanc intitulé « Qualité et santé visuelle, pour une filière d’excellence ».

Cette dimension citoyenne est également partagée par ATOL, qui a été créée peu de temps après le GADOL. ATOL est d’ailleurs l’acronyme de l’Association des techniciens en Optique et Lunetterie, un nom pour le moins évocateur : encore une fois, l’union fait la force et fédère autour de valeurs fortes. Les deux coopératives ont également en commun de défendre la lunetterie jurassienne. «Cette stratégie s’est avérée gagnante, nous avons pu soutenir une industrie alors en déclin, et ainsi maintenir et créer plus de 1 000 emplois. De plus, ce savoir-faire 100% français nous permet de proposer à nos clients des équipements optiques innovants et à haute valeur ajoutée », précise Eric Plat, Président Directeur Général d'ATOL.

Un modèle plébiscité par les Français et les adhérents des réseaux

Ces engagements séduisent en effet les Français qui sont de plus en plus attachés aux arguments du made in France, comme aux valeurs portées par ces entreprises presque comme les autres.  Le boom de l’économie sociale et solidaire (ESS) en atteste et prédit ainsi de beaux résultats aux coopératives du secteur de l’optique. Et de leur côté, les opticiens associés se félicitent également d’appartenir à un réseau coopératif. Chez ATOL, l’enseigne met gratuitement à la disposition de tous ses associés, des architectes diplômés afin de les aider dans leur installation. L’accent est également mis sur les jeunes opticiens grâce au programme Archipel, un fond d’amorçage qui peut apporter jusqu’à 80% de l’apport nécessaire à l’achat d’un point de vente.

Par ailleurs, « le choix du modèle coopératif nous permet de rester seuls maitres à bord de notre magasin. (…) Nous ne sommes pas uniquement des employés, mais nous sommes associés au groupe. Au niveau de l’opticien, cela se traduit par un engagement peut-être plus conséquent, parce que nous restons totalement responsables des résultats et de la qualité de service de notre magasin, tout en partageant la responsabilité de l’image du groupe. Cette implication des opticiens du groupe se ressent en termes de fidélisation de la clientèle, ce qui nous fait dire que cela a véritablement un impact auprès de clients » explique Geoffrey Pionica, opticien Optic 2000. La boucle est bouclée…

De quoi encourager les acteurs de l’optique à adopter ce mode de gouvernance ? Une chose est certaine : les coopératives, tous secteurs confondus, sont en plein essor. Et elles n’hésitent plus à se regrouper pour atteindre une taille critique et peser toujours plus sur les marchés, comme c’est le cas dans le secteur agricole. Le secteur de l’optique suivra-t-il cet exemple ?